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 Echanges épistolaires

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Orantes

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MessageSujet: Echanges épistolaires   Mer 12 Aoû 2009 - 13:04

[Auberge Saint-Sauveur, Lourdes –Comté du Béarn]

De sa petite mansarde crasseuse, Orantes passait le plus clair de sa convalescence entre sa litière de fortune et une petite table bancale où il s’adonner à la Tarentelle. Son corps se remettait difficilement du coup que lui avait porté un homme d’arme de l’Ost béarnaise et sa situation financière était des plus préoccupantes. Il s’était juré de ne plus rien devoir à sa famille mais les circonstances quelques peu hasardeuses dans lesquelles il s’était mis le poussèrent à rompre cette promesse. Il entreprit donc d’écrire à qui voudrait bien l’écouter au Castel de Beaumont.

    Mon bien cher Oncle Eldwin,

Non, cela ne sied guère à un neveu qui n’eut jamais pour le patriarche la moindre tendresse, pensa-t-il. D’ailleurs, le Renart était-il encore à Beaumont ? Il l’ignorait totalement. Il reprit donc…

    Mon oncle,

    Je vous épargnerai les sempiternelles effusions de bons sentiments et les marques mielleuses de respect qui accompagnent habituellement les écrits d’un damoiseau de bonne famille à son ainé. Le peu de peine et de tristesse dont vous avez fait preuve lorsque feue ma mère trépassa ne m’y pousse d’ailleurs aucunement. Si je renoue, au travers de cette missive, un lien longtemps resté rompu, c’est qu’il ne m’est guère possible d’en faire différemment.

    Depuis mon départ de Beaumont, dans les circonstances douloureuses que vous ne pouvez feindre d’ignorer, j’ai parcouru les chemins du Royaume à la recherche de terres plus hospitalières. Aussi me suis-je finalement établi en Béarn dans la bonne ville d’Orthez. Je n’ai pas mis longtemps à m’y faire compagnons et amis, pas plus que je n’ai tardé à avoir moult opposants à mes diverses entreprises. La dernière de celles-ci m’a, au demeurant, placé dans une conjoncture fâcheuse. Ayant incorporé les rangs d’une armée rebelle à l’autorité d’Eugénie de Varenne, Comtesse tyrannique du Béarn, je fus grièvement blessé à la bataille de Lourdes, où je suis contraint d’attendre aujourd’hui les quelques signes d’une guérison certaine.

    Etant loin de ma demeure orthézienne et dans la totale impossibilité de m’y rendre, je suis icelieu sans le sou et dans l’expectance d’un probable procès pour félonie envers cette maudite Malacontessa ! J’en appelle donc à votre bienfaisance, si toutefois vous en êtes encore doté, pour intervenir auprès de celle-ci afin qu’elle n’entame aucune poursuite à mon encontre.


    Puissiez-vous, cette fois au moins, répondre à mon alarme,
    Qu’Aristote veille sur vous !

    Votre neveu, Orantes de Volvent


Dernière édition par Orantes le Dim 6 Sep 2009 - 17:06, édité 1 fois
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Eldwin
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MessageSujet: Re: Echanges épistolaires   Mer 12 Aoû 2009 - 20:56

(Château de Beaumont - Duché de Bourgogne)


Comme à son habitude Eldwin se trouvait en son bureau où il étudiait, lisait, travaillait ou tout simplement était. Lorsque Pierre vint apporter une missive qu'un messager venait d'apporter il dérangea son maître en pleine réflexion intérieur suite à la lecture d'un ouvrage, qu'il jugeait hérétique et blasphématoire, sur de soi-disants certains abus de l'Eglise. Eldwin qui faisait les cents pas dans la pièce s'arrêta et s'assit dans son fauteuil, invitant Pierre à lire à haute voix la missive. Dès les premiers mots il sut, du moins il se doutait, de l'identité de l'auteur de cette lettre. Il n'avait pas des dizaines de neveux et nièces, et ce qui était sûr c'est qu'il n'y en avait qu'un pour utiliser pareil ton avec lui. Cette insolence qu'il abhorrait un seul osait l'employer avec lui: Orantes. Fort heureusement pour lui il était trop loin pour qu'Eldwin lui mette la main dessus, car si cela devenait le petit impertinent passerait de mauvais moments. Même s'il n'était pas touché par le sarcasme et les petits pics de son neveu il fut cependant quelque peu peiné à l'évocation de sa défunte soeur, qu'il n'avait pas pleuré, il était vrai, n'ayant jamais été très proche d'elle, au contraire de Della. Il se releva, et finalement se rassit, faisant signe à Pierre de s'apprêter à écrire sa réponse qu'il allait lui dicter.

    Mon cher neveu,
    Je vous adresse mes hommages,

    Sachez tout d'abord qu'il serait de bon ton, pour vous, d'utiliser les formules nécessaires et surtout de marquer un peu plus de respect envers ma personne. Surtout lorsque l'on voit ce que vous vous permettez de me demander. Concernant votre défunte mère vous êtes bien trop jeune et trop ignorant de notre histoire et nos liens pour juger de mon comportement à son trépas. Mais soyez informé que la mésalliance que feu mon frère fit avec cette femme en est en partie la cause.

    Je suis cependant fort aise que vous ne vous soyez pas fait occire sur les routes du Royaume et que vous ayez trouvé bonheur dans ces terres du sud, bien peu familière à ma personne, et que je trouve bien barbare, notamment aux vues de leur instabilité, comparé à notre chère et admirable Bourgogne. Je trouve, en revanche, fort fâcheux d'apprendre la position dans laquelle vous vous trouvez. Bien que je ne pense pas avoir le bras assez long pour sauver votre tête des griffes de la justice de cette comtesse béarnaise je consens à vous venir en aide, pour le bon souvenir de feu mon frère, et pour faire honneur aux liens du sang qui nous unissent.

    Vous recevrez donc avec cette missive une bourse de cent écus, je pense que cela est nécessaire pour que vous surviviez. Et je tenterais de plaider votre cause auprès d'Eugénie de Varenne.

    Soyez assuré de ma bienveillance, mon bon neveu,
    Que le Très-Haut vous garde,

    Eldwin de Volvent


Ayant terminé Eldwin se releva et gagna la petite bibliothèque de son bureau. Il tira sur un livre, ce qui ouvrit un petit morceau du mur, révélant une cache où se trouvait un coffre en fer. Eldwin prit une clef dans sa poche, ouvrit le coffre, et en sortit une bourse de cent écus qu'il donna à Pierre. Il referma le tout puis congédia son secrétaire personnel, qui se chargerait de faire parvenir le tout à Orantes. A nouveau seul, Eldwin se parla à lui-même.

Le sale petit mécréant ! C'est bien pour Eloi mais surtout pour l'honneur de notre famille que je tente de lui venir en aide ...

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MessageSujet: Re: Echanges épistolaires   Dim 6 Sep 2009 - 17:03

C’est après moult détours au travers des chemins du Royaume que la missive du Renart parvint finalement entre les mains du neveu insolent. Orantes fut d’abord surpris que son vieil oncle ait daigné lui donner réponse, tant le ton dont il avait usé pour lui écrire la première fois frisait sciemment l’impertinence. Le porteur du pli, certainement un loufia d’Eldwin, lui avait aussi remis une bourse qu’il avait immédiatement soupesée. Il jeta celle-ci en direction de la vieille table de la chambre qu’il occupait toujours dans une auberge lourdaise pour le moins sinistre.

Plus tard il tailla une plume et se résolut à répondre à son oncle.


    Mon oncle,

    Je viens ce jour de recevoir enfin votre missive et la bien maigre bourse que vous avez consenti à me faire parvenir. Ce subside, aussi léger soit-il, pourra peut-être, je l’espère, couvrir les honoraires de mon avocat puisque votre intervention auprès de la comtesse du Béarn ne semble pas avoir porté ses fruits. En effet, je viens d’être inculpé pour trouble à l’ordre public par le procureur béarnais pour ma participation au soulèvement contre Eugénie de Varenne. Malheureusement, il apparait bien que les dés soient jetés d’avance tant la justice de mon comté est à la botte de cette maudite femme. Mon sort risque d’être des plus incertains, mais celui-ci vous a-t-il jamais affecté… Je vous tiendrai malgré tout informer de la suite de cette mésaventure tant l’honneur de notre famille vous a, lui, toujours, importé.

    Dans cette épreuve, ma jeune sœur me manque aussi terriblement. Auriez-vous des nouvelles d’elle ?

    Qu’Aristote veille sur vous et notre famille.
    Votre neveu, Orantes de Volvent.
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MessageSujet: Re: Echanges épistolaires   Dim 6 Sep 2009 - 19:57

Bien des jours après l'envoi de sa lettre à son neveu Eldwin obtint réponse de celui ci. Apparemment le messager du Renart avait été long, ou bien avait eu du mal à trouver Orantes. Quoi qu'il en soit Eldwin prit connaissance de la réponse de son neveu et dès les premières lignes rit jaune. Le petit impertinent n'était pas assez content de l'argent que lui avait généreusement donné son oncle. Il évoquait ensuite sa situation, malheureuse. Il terminait en demandant des nouvelles de Nabl, et se dit qu'il avait bien fait de ne pas informer la jeune femme de sa correspondance avec son frère.

    Mon cher Orantes,

    Je suis peiné d'apprendre que tu as été malgré tout accusé de trouble à l'ordre publique. Par affection pour toi je t'enverrai l'argent nécessaire à payer l'amende que la justice de ce nid de vipères te demandera. Néanmoins je te conseil de ne pas rester plus longtemps dans cette contrée, ni celles l'avoisinant et de revenir en des terres plus civilisées où la raison est de mise.

    Concernant ta soeur, elle est actuellement à Beaumont, avec mon frère, Thomas, avec qui elle vit, en Alençon. Nabel se porte comme un charme, j'ai cependant volontairement omis de lui faire part de ce qui t'es arrivé et de l'endroit où tu te trouvais. Le mieux serait encore que tu prennes directement contact avec elle où que tu nous rejoignes rapidement sur la terre de nos ancêtres.

    En espérant te revoir ou avoir de tes nouvelles prochainement,
    Que le Très-Haut te garde,

    Ton oncle,
    Eldwin de Volvent



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MessageSujet: Re: Echanges épistolaires   Mar 22 Sep 2009 - 20:12

[ Hospice des Capucins – Pau, Béarn]

Sa convalescence à peine achevée et l’odieux procès, dont il était ressorti coupable, terminé, Orantes dut acquitter sa dette envers son comté. Il avait passé de longs jours de travaux forcés dans les mines béarnaises. Durant toutes ces heures, qui avaient épuisé un corps à peine remis de ses blessures, le jeune béarnais n’avait eu de cesse de penser à la dernière missive de son oncle. Nabel était à Beaumont, désormais c’était certain ! Le seigneur de Nouâtre lui avait révélé sa présence dans le castel familial.
Plus tard, sa peine accomplie et en chemin vers sa demeure orthézienne, le jeune homme parvint à surmonter la pesante culpabilité qu’il éprouvait vis-à-vis de sa sœur et entreprit de lui écrire.


    Ma sœur bien aimée, mon bel ange,

    Enfin ! Enfin, les premières nouvelles de toi. Depuis tout ce temps, nous avons été séparés et ne sachant dans quelle contrée tu t’étais échappée pour fuir la douleur qui nous habitait tous deux, je n’ai pu prendre la plume. Ce jour, je viens de recevoir une missive du vieil Eldwin qui m’avise de ton séjour actuel à Beaumont. Je ne sais depuis combien de jours tu as repris le chemin du bercail bourguignon de la famille mais je soupçonne ce vieux renard acariâtre de t’avoir caché la correspondance que j’entretiens avec lui depuis fort récemment. En effet, certaines circonstances malheureuses m’ont poussé à renouer des liens, dont je ne voulais plus entendre parler, avec le très aristotélicien frère de notre père.
    Mais je n’ai que faire de ce vieil orgueilleux ! Seule la pensée que tu puisses bientôt tenir entre tes douces mains cette missive me préoccupe et mille questions me viennent… Qu’es-tu devenue depuis la disparition de notre bien chère mère ? Eldwin m’append que tu vis en Alençon avec Thomas. Qu’en est-il vraiment ? Cestui-là s’est-il occupé de toi comme il le fallait et comme tu le méritais ? Je sais que cet examen à quelque chose d’inconvenant venant de la part d’un frère qui t’a laissé seule pendant toutes ces années. Mais je sais aussi que tu es la seule à pouvoir comprendre la blessure profonde, qu’a été la mort de notre mère chérie, et qui m’a poussé à quitter cette odieuse famille. Ayant vécu toi-même ce déchirement profond dans ta propre chaire, j’ose espérer que tu me pardonneras de t’avoir délaissé longtemps. La mort de maman et la manière dont elle fut toujours méprisée parmi les Volvent a été pour moi un horrible supplice et seule la fuite m’est apparue comme l’unique remède. Je crains d’avoir été lâche, je crains aussi que tu ne puisses souffrir cette faiblesse dont j’ai fait preuve.

    Ton frère qui t’adore !
    Orantes
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Nabel

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MessageSujet: Re: Echanges épistolaires   Dim 27 Sep 2009 - 11:51

[Château de Beaumont - Duché de Bourgogne]



La blondinette était allongée sur son lit quand un serviteur vint frapper à la porte. Depuis son retour au domaine familiale, Nabel essayait de s'habituer à tout cela, mais elle en avait encore du mal. Elle avait quitter la demeure bien jeune, et même si elle avait eu un oncle pour veuillez sur elle, elle avait vécue comme n'importe quelle personne, ne jouissant d'aucun titre de noblesse.
L'Alençon lui manquait, Tsampa avec. Nabel est pourtant heureuse d'être là.
Quand on frappa à la porte, elle donna l'autorisation d'entrée. Une domestique poussa la porte, et s'avança, présentant sur un petit plateau, un vélin encore scellé. Qui pouvait bien lui écrit ici? En regardant le sceau, elle vit un emblème... l'emblème des Volvent.
Par le Très Haut était ce possible? Congédiant la femme d'un sourire, elle se hâta de lire le parchemin. Ainsi donc il était en vie, et il ne l'avait oublié. Même si la jeune fille fut heureuse d'avoir ces nouvelles, il restait tout de même une rancoeur. Orantes l'avait abandonnée... cela serait il pardonnable ? Nabel n'en avait pas la réponse.




Mon cher Orantes

Je ne sais par quel point commencer cette lettre. Je ne sais pas même pas si au plus profond de mon être j'ai envie de te parler.
Je suis quand même soulagée de te savoir en vie même si je suis bien déçue de n'en savoir plus sur ta situation actuelle. Mais envers et contre tout tu me parles de cette douleurs qui nous à tant fait souffrir quand notre mère à rendue son dernier souffre, mais tu peux imaginer ce que j'ai pu ressentir. Je t'ai haïs, je te le dis

A peine l'ultime Adieu à ma tendre mère, que mon propre frère me laissait derrière lui, et s'en se retournait m'abandonna, moi sa soeur, sa propre soeur. Tu n'oses imaginait ce que cela fut pour moi. Tu n’oses imaginer ce que c'est pour une enfant de perdre tout ce qu'il lui ait le plus cher.
Je me suis retrouvée là, seule à Beaumont. Alors je suis partie, sous l'aile de notre oncle ThomaHug, puisque la Bourgogne m'avait tout prit. Nous sommes allé en Artois, où il a pris soin de moi à ta place. Nous y sommes resté un moment, et nous voilà désormais en Alençon, où malgré tout il est toujours là pour moi, comme tu aurait du l'être.
Mais le pire pendant toutes ces années, se fut de me demander chaque jour que le Très Haut faisait, ce que devenait mon frère, où pouvait il être et faire. Je n'ai eu aucune réponse pourtant, et mes prières ne furent pas exaucées.

Alors quand aujourd'hui tu me dis qua la fuite fut le seul moyen de soulager cette souffrance, je me dis que je ne devais pas compter. Pourquoi ... pourquoi m'avoir laisser derrière toi? Aurais-je était un fardeau bien trop lourd à porter si tu m’avais seulement demandé de t’accompagner?

J'espère en tout cas que tout va pour le mieux pour toi. Ici on prends soin de moi, et j'espère que tu auras trouver une personne s'occupant ainsi de toi.
Tu restes malgré tout mon frère, et j'aurais plaisir à lire de tes nouvelles.

Bien à toi.
Nabel
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MessageSujet: Re: Echanges épistolaires   Dim 27 Sep 2009 - 19:18

[ Duché de Guyenne – Bordeaux ]

Le jeune béarnais ne put dissimuler sa joie lorsqu’on lui remit la réponse de sa sœur. D’une main tremblante, il décacheta la missive, le cœur haletant, impatient qu’il était d’avoir des nouvelles de sa petite Nabel. La jeune femme, qu’elle était devenue, ne le ménageait pas dans sa réponse et les sourcils noirs d’Orantes se froncèrent à la lecture de certains passages. Je t'ai haïs, je te le dis …Pourquoi m'avoir laissé derrière toi?...Les mots de la belle alençonnaise résonnait dans la tête et dans le cœur du jeune homme. Ils venaient aussi raviver le feu de sa propre culpabilité. Car Orantes se savait condamnable, alors bien jeune, la douleur de la disparition de sa mère l’avait rendu lâche, il avait fui. Il avait cru, durant cette épreuve, que la distance physique, qu’il mettrait entre sa famille et lui, allait pouvoir l’aider à panser cette blessure béante. Finalement, il n’en avait pas été ainsi, les remords et les regrets le rongeaient, même si la jeune Nabel ignorait encore beaucoup des circonstances du décès de Matheline de Bolletet, sa mère.

Une sombre histoire d’héritage avait fait de cette dernière la personne la plus méprisée de toute la famille Volvent. Matheline, en véritable paria, était morte seule. C’était avec soulagement que certains membres de la famille avaient du voir la femme d’Eloi emporter avec elle dans son tombeau de lourds secrets. Tout cela la jeune sœur d’Orantes l’ignorait. De même qu’elle ignorait la réelle nature de l’homme avec qui elle avait partagé ses dernières années, son oncle Thomas. Orantes savait aussi qu’il était, de toutes manières, encore bien trop tôt pour évoquer ces sordides histoires avec sa jeune sœur. Il savait qu’elle ne serait pas capable de l’entendre, tant elle devait encore être guidée par une rancœur, bien légitime, à son égard. Il profiterai cependant de ce lien épistolaire à nouveau rétabli pour lui annoncer dans quelques jours son arrivée imminente en Bourgogne.
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MessageSujet: Re: Echanges épistolaires   Mer 30 Sep 2009 - 18:15

    A Nabel de Volvent,
    Le trentième jour de septembre de l’an de grâce MCDLVII, Limoges


    Ma bien chère sœur,

    Depuis ta dernière missive, je n’ai de cesse de penser à toi et les mots que tu as choisis pour me reprocher ma si longues absences reviennent en permanence hanter mon esprit. Le remord de t’avoir laissée entre des mains si peu innocentes, le regret de ne pas avoir eu les épaules et le courage de m’occuper de toi survivent en moi comme une souffrance lancinante. La seule guérison possible à tous ces maux serait qu’un jour tu puisses enfin me pardonner.

    Tu étais si jeune lorsque que notre mère tomba malade et disparut. Tu ne pouvais alors te rendre compte de la perversité des agissements de notre belle famille. Mère est morte seule et fut mise en terre sans les honneurs qu’elle aurait dus recevoir, les odieux frères Volvent l’ayant toujours méprisée et mise au ban depuis la mort de père. Privilège de l’ainesse, j’ai du m’occuper au mieux de maman durant ses derniers jours, la voir progressivement sombrer malgré mes soins, j’ai du affronter l’hostilité d’Eldwin et de Thomas, pourtant j’avais le devoir de la soutenir jusqu’à son dernier souffle. Je suis ressorti moi-même sans vie, sans courage et anéanti de cette terrible épreuve. Les jours suivants ses funérailles, je n’étais plus qu’un spectre, une ombre et il me fallait à tout prix fuir si je ne voulais pas voir disparaître la seule once de force qui me restait encore. Je ne pouvais prendre en charge la vie de la jeune enfant que tu étais alors, j’étais moi-même trop abattu.

    Puis durant toutes ses années, chaque jour, tu dévorais mes pensées mais comment te faire entendre tout cela ? J’avais honte de la manière dont j’avais agi et cette honte me paralysait…Je n’ai jamais pu dépasser ce dégoût de moi-même afin de prendre la plume pour te de donner des nouvelles jusqu’à il y a peu.
    J’ai choisi, aujourd’hui, de quitter le Béarn et d’affronter enfin ma famille et de venir quérir ton pardon. Je suis en route pour la Bourgogne et j’ai tant hâte de te retrouver, de te serrer à nouveau dans mes bras. Soit mon ange salvateur, ne rejette pas un frère qui t’aime comme personne…

    Orantes de Volvent

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MessageSujet: Re: Echanges épistolaires   Sam 3 Oct 2009 - 8:59

Une missive, un seau, toujours le seau de son frère. Nabel repensa aux écrits de sa dernière lettre. En regrettait-elle les mots ? elle n'en savait rien. Mais il était certain qu'elle était soulagée d savoir son frère en vie.
Son Oncle Eldwin avait refusé de lui parler de la correspondance qu'il avait entretenu avec Orantes. Depuis que la jeune fille le savait, elle n'avait eu l'audace d'affronter le chef de famille, mais l'envie était là.

Alors que la blondinette se baladait à travers les vignes du domaine, elle vit quelqu'un arrivait. Un petit plateau, un vélin. Il lui avait donc répondu même après les choses affreuses qu'elle lui avait dit.
Tout en lisant, elle retourna au château, se demandant ce que tout cela voulait dire... qu'entendait-il par "Le remord de t’avoir laissée entre des mains si peu innocentes"... cette lettre était emplie de mépris envers ses oncles et elle ne savait pas pourquoi. Quand elle passa devant le bureau d'Eldwin, Nabel s'arrêta. Regardant la porte avec l'envie de demander explications à son oncle. Mais elle n'en fit rien, elle répondrait déjà à son frère.

S'installant à sa table, plume à la main...


Mon cher Orantes,

Comme il est bon de te savoir sur le chemin du retour. Enfin nous serons réuni, enfin je retrouverai ce frère qui m'a tant manqué.
Comme il est étrange d'avoir le cœur séparé en deux. J'ai grand hâte pour tant de te serrer dans mes bras, mais je n'arrive pas à pardonner tes paroles. Je ne sais pas ce que tu peux avoir contre nos oncles, mais Thomas, lui fut là pour me recueillir, et je ne tolère pas que mal soit dis de lui. C'est un homme exceptionnel, même si ses croyances font de lui un homme de Dieu bien trop engagé, mais il est pour moi un tout.
Il a su me pardonné de mes pêchés, il m'a encouragé, il à fait pour moi ce que tu aurais du faire. Malheureusement, ta faiblesse eut été de me laisser ici, alors que toi tu reprenais une autre vie.

A la mort de notre mère, l'enfant que j'étais ne cesser de pleurer ce repère de sa vie qui venait de partir. Peux tu imaginer combien de nuits ai-je passé à t'appeler sans cesse toute la nuit? Sais tu combien de fois j'ai espérée que ce fut toi qui ouvrit la porte de ma chambre pour venir me serrer dans tes bras et me dire que ce ne fut qu'un cauchemar?
Tu n'étais pas là, et notre oncle Thomas a su le bien que cela me ferai de m'éloigné de Beaumont, endroit bien trop riches de souvenirs bien trop triste pour l'enfant que j'étais.

Tu es pour moi, ce que j'ai de plus cher, tu l'as toujours était.
O Orantes, si tu savais combien de fois j'ai rêver de nos retrouvailles... combien de fois j'ai rêver d'une longue promenade, toi et moi uniquement, à nous raconter nos vies.
Suis je assez sotte pour croire que plus jamais tu ne me tournera le dos?
Si tu reviens, je te demanderai de me faire une promesse, sans quoi je ne serai pas là pour ton arrivée. Je ne veux pas vivre un moment de bonheur, si après tu m'abandonnes de nouveau. Je n'y survivrai pas. Es tu en mesure de me promettre cela? que plus jamais tu ne m'abandonneras ?

Bien à toi
Nabel de Volvent
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MessageSujet: Re: Echanges épistolaires   Sam 3 Oct 2009 - 16:13

[ Non loin de Châteauroux - Duché du Berry ]

La revoir, la retrouver,…Depuis des jours, Orantes chevauchait à travers le royaume avec cette seule idée en tête. Atteindre au plus vite la Bourgogne était devenu pour lui une nécessité et son voyage prenait des allures de combat contre le temps. La seule idée de pouvoir enfin serrer dans ses bras sa cadette le rendait bouillonnant, impatient. A chaque village qu’il avait traversé, il avait dû changer de monture, tant il n’avait pas ménagé ces pauvres bêtes en chemin. L’idée même que Nabel ait pu quitter Beaumont avant son arrivée lui était insoutenable et faisait de son périple une urgence. La missive qu’il reçut de Nabel, alors qu’il faisait déjà étape non loin de Châteauroux, ne vint pas calmer cette inquiétude. La jeune femme le sommait de lui faire quelque promesse sans quoi elle aurait disparu avant sa venue en terre bourguignonne. Orantes qui touchait presqu’à son but n’eut pas d’autre choix que se stopper un instant son infernale cavalcade afin de lui répondre.


    A Nabel de Volvent,
    Le troisième jour d’octobre1457

    Ma bien chère sœur,

    Ton denier courrier me crève littéralement le cœur. Voilà des jours et des nuits que je chemine à travers les provinces de notre royaume avec l’unique but de te retrouver enfin et tu me parles céans de quitter Beaumont. Je ne te crois pas capable d’abîmer ce jour de nos futures retrouvailles, que nous attendons depuis tant d’années, alors même que je ne suis plus qu’à une journée ou deux des terres bourguignonnes. Tout ce que tu demandes sera exaucé ma gentille sœur, et, bien entendu, je te promets que plus jamais nos vies ne se sépareront. Nous avons tellement à rattraper qu’il me serait insupportable de te perdre à nouveau. Nous prendrons notre revanche sur le destin, j’en fais le serment !

    Ton frère qui n’a plus qu’une seule hâte, te revoir enfin…
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MessageSujet: Re: Echanges épistolaires   

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